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Le gouvernement français devant le Tribunal pénal international ?

7 septembre 2013

Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement français,

Poutine s’engage à aider la Syrie en cas de frappe américaine. Il a ordonné une riposte contre l’Arabie saoudite. La Chine livre en ce moment des armes. De nouvelles victimes civiles seront à déplorer, par centaines, au nom de votre apocalyptique vision des droits de l’homme.

Votre gouvernement survivra-t-il aux désordres qui en résulteront ? Et vous-même, que deviendriez-vous après le silence des armes, s’il a jamais lieu ?

Partir tête baissée dans une guerre fomentée par les autres est une spécialité tellement française ! Ne ratez pas cette occasion. Après 1870 et la disparition du Second Empire, 1914 et la fin de la puissance financière de la France, 1939 et la disparition de la IIIe république, voici venir 2013 et la fin annoncée de l’économie mondiale. Ne renoncez pas à cette occasion unique de laisser votre nom dans l’histoire au côté de tous ces grands perdants. Certains des acteurs de ces événements ont été jugés par l’histoire, d’autres par les tribunaux. Ne vous impatientez pas : vous serez bientôt renseignés sur votre sort.

Dans un article précédent, je tentais des hypothèses sur la raison de la volte-face des Britanniques. Je l’attribuais à une probable implication directe des Russes dans le conflit syrien. L’hypothèse s’est révélée bonne mais les circonstances envisagées étaient très en dessous de la réalité.

Cette réalité, vous la connaissez. Elle est contenue dans une curieuse dépêche parue le matin suivant le vote des députés britanniques contre la guerre en Syrie. Elle relate une entrevue qui a eu lieu fin juillet, à Moscou, entre Poutine et le prince Bandar, chef des services spéciaux de l’Arabie Saoudite. Dans cette entrevue, Bandar, votre précieux allié dans ce conflit, s’assume comme le financier du terrorisme en Tchétchénie. Il menace Poutine d’orienter ses vaillantes troupes libératrices vers Sotchi pour y commettre quelques massacres démocratiques pendant les jeux Olympiques si le Kremlin ne partage pas avec lui le gâteau que représentent les réserves syriennes off-shore de gaz et de pétrole. Un vrai défenseur des droits de l’homme, votre allié Bandar. Un très estimable représentant d’une  énième révolution de palais, le contraire de ce despote élu que vous combattez en Syrie. N’a t-i l pas montré son attachement au Droit et à la dignité humaine en envoyant ses chars dissoudre les manifestations antidémocratiques dont souffrait le Bahreïn voisin ?

Vous observerez la coïncidence entre la date de la parution de cette dépêche et celle du vote du Parlement britannique. Vous observerez aussi le curieux chemin qu’elle a pris pour venir jusqu’à nous en apparaissant d’abord sous la plume de Sorcha Faal, ce qui désigne juste assez le Kremlin pour que l’on se pose la question de son authenticité, puis dans le très atlantiste Européan Union Time pour obtenir son imprimatur de la bonne presse occidentale, restée cependant bien discrète ! Connaissant l’efficacité des services spéciaux de Sa Majesté la Livre sterling, j’ai tout lieu de penser que cette dépêche a été jugée juste assez crédible pour devoir stopper là toute velléité d’aller jouer au petit soldat en Syrie. Je ne m’étonne pas que vous l’ayez fait passer sous silence en France : la guerre que vous appelez de tous vos vœux vous fait peur, et vous avez pris parti de taire tout cela.

Cette dépêche annonce une brutale remise en cause des marchés pétroliers, un prix de l’énergie exorbitant et la fin probable des monnaies actuelles. Les députés britanniques ne craignent pas le manque de pétrole – la mer du Nord leur permet de surmonter de longues crises. Ils ne craignent pas une déroute de leurs armes – bien que l’on murmure que depuis une dizaine de jours, la Syrie, qui nous avait promis des surprises, a montré une surprenante efficacité de ses capacités d’interception. Le Président Obama va envoyer des B2, seuls capables, sur le papier, de percer ces défenses. Vous n’avez pas de B2 ? Avec quelle arme allez combattre ? Cette question n’est plus que subsidiaire, tant les choses s’aggravent d’heure en heure.

Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement français, vous le savez, aucune raison ne peut arrêter les honorables représentants du peuple britannique sur le chemin de la guerre, surtout quand il s’agit du contrôle du pétrole. De plus, ils avaient prévu que d’autres la fassent en partie à leur place. Les parlementaires britanniques ne craignent qu’une chose : l’effondrement de la livre sterling. C’est pourquoi ils ont renoncé à la guerre ce 29 août.

Vous savez combien les monnaies les plus impliquées dans les échanges internationaux, le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen, ont à craindre d’un bouleversement du marché de l’énergie qui provoquerait l’arrêt de l’économie. Malgré les B2, sans argent, endetté, privé de son usine chinoise, l’occident ne pourra soutenir longtemps cette guerre. Le rouble, monnaie d‘un pays capable de survivre en autarcie, adossé aux réserves de gaz et de pétrole sibérien, dégagé de toute dette, craint beaucoup moins une crise installée dans la durée. Mieux, une flambée du prix du pétrole pourrait la faire sortir de ses difficultés actuelles. Poutine, selon que vous en décidiez ou non, profitera de l’intervention occidentale en Syrie pour détruire notre économie. Survivrez-vous à cette déroute ?

Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement français, posez-vous la question de savoir s’il n’en rêve pas la nuit !

Mesdames, Messieurs  les membres du gouvernement français, vous nous demandez de considérer les Droits de l’Homme, la dignité des Peuples, et de sanctionner les tortionnaires. En l’espèce, vous voudrez bien cesser d’alimenter la rébellion syrienne si vous souhaitez que votre discours recouvre un jour un fond de crédibilité. En ce moment, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, sans droits, son déchiquetés par les armes fournies à ces terroristes que vous soutenez et que vous financez dans le seul but, selon les propres paroles de Badar, de permettre au Qatar  et à l’Arabie Saoudite de mettre la main sur les immenses réserves de gaz et de pétrole qui s’étendent à l’est du bassin méditerranéen.

Mesdames, Messieurs  les membres du gouvernement français, vous avez fait pleurer la France en évoquant d’insoutenables images d’enfants gazés, au regard définitivement figé dans la terreur, faisant surgir des images que nous espérions avoir oubliées. Vous levez la voix pour demander le châtiment des coupables. Au nom des mères de ces enfants je vous en prie, ayez la dignité de vous taire enfin et de stopper cette guerre !  Les mères de ces enfants ont porté plainte pour assassinat !

Mesdames, Messieurs  les membres du gouvernement français, vous êtes inscrits sur la liste des commanditaires de ce crime ! Selon les termes de cette plainte, reprise par la Voix de la Russie, ces enfants ont été enlevés à leur famille par des terroristes deux semaines auparavant dans des villages alaouites aux environs de Lattaquié, à 200 kms de la Ghouta. Les images ont été mises en ligne avant l’attaque chimique du 21 août. Ces enfants n’ont pas été enlevés par le régime syrien ! La plainte accuse les djihadistes, vos propres troupes !  Des enfants ont été enlevés et gazés afin de justifier votre prochaine attaque contre la Syrie, et vous osez demander  de punir les coupables !

N’ajoutez l’infâme excuse de l’ignorance à votre complicité. Si ces Droits de l’Homme dont vous vous prévalez président un jour aux destinées du monde, plusieurs parmi vous courent le risque de passer devant le Tribunal pénal international pour avoir soutenu la rébellion syrienne. Les tribunaux, vous le savez, ont en horreur l’ignorance des bourreaux.

Que sera ce conflit ? Quelle en sera l’issue ? Personne ne peut le prévoir. Si leurs responsables sont un jour convoqués par une cour internationale de justice, priez le ciel que la victoire des armes vous installe parmi les juges, et non parmi les jugés.

Pour un peu d’argent, vous nous apportez la guerre et le déshonneur. L’Histoire, d’ores et déjà, a retenu vos noms et les associeront dans la plainte des mères à la date infâme du 21 aout 2013.

Article repris par Agoravox Les commentaires y sont ouverts.

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