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Syrie : Hollande a-t-il trouvé son chemin de Damas ?

2 septembre 2013

Après le gazage de centaines de personnes le 21 avril, rien n’était plus urgent que de casser la gueule du salaud d’El-Assad qui avait fait le coup. Une semaine plus tard, les Anglais jettent l’éponge tandis qu’Américains et Français trouvent que rien n’est plus urgent d’attendre. Quel événement survenu cette semaine pourrait expliquer ces revirements ?

« François, François, pourquoi me persécutes-tu ? » Comme l’apôtre Paul qui entendit la voix de Jésus tandis qu’il se précipitait à Damas pour s’emparer des chrétiens,  il semblerait bien que Hollande, surpris sur le même chemin par une interrogation soudaine, soit en train de tomber de son cheval. Qu’a-il-t-il vu ou entendu ?

On parle beaucoup des missiles syriens. L’arsenal n’est pas négligeable. De simples batteries antiaériennes ont fait récemment leur preuve contre un appareil turc envoyé pour les tester ! Selon diverses sources, les Russes semblent avoir livré des missiles antinavires Yakhont qui arrivent verticalement sur leur proie avec l’énergie d’une tour Eiffel lancée à 60 km/h. Cependant, ces missiles ne sont pas une nouveauté et les précautions ont été prises : les porte-avions ont été priés de jouer ailleurs et les destroyers lanceurs de Tomawak resteront au-delà de la porté de tir de 300 km.

Les Russes ont renouvelé clairement, à plusieurs reprises, leur farouche opposition à toute intervention occidentale en Syrie. Poutine a assuré parallèlement qu’il ne veut pas la guerre. En renforçant la flotte présente par un navire de la classe Slawa, capable à lui seul d’envoyer par le fond une petite escadre, bientôt appuyé par le Moskva aux capacités supérieures, il est clair qu’ils se donne les moyens de  l’empêcher.

Encore faut-il que Poutine dispose d’un prétexte crédible pour dégainer : c’est la clé de toute dissuasion.

Russes et Chinois ont tiré les leçons des interventions en Lybie et le font savoir. Les yeux de l’occident commencent à se déciller. L’opinion publique occidentale commence à comprendre que les prétendus printemps arabes n’ont d’autre but que de mettre les Frères musulmans aux commandes des États de Dakar à l’océan Indien, sous contrôle de l’Empire.

La présence parmi les rebelles Syriens, que l’on soutient, de troupes inféodées à Al Quaïda, que l’on combat eu Mali et en Afghanistan, est progressivement connue des personnes qui se tiennent les moins informées et les plus indifférentes aux problèmes internationaux. Le refus par Bachar el Assad de participer au du projet de pipeline Qatar-Turquie  et son accord pour un tuyau iranien coïncide trop parfaitement avec le début de l’insurrection syrienne pour n’être qu’une coïncidence et cela même commence à se savoir. Le fait que les mercenaires ont été les premiers à utiliser du gaz sarin – et qu’ils puissent être à l’origine du gazage du 21 août – est dans tous les esprits. Intervenant sur le site de Radio-Canada, un commentateur de Neuilly-sur-Seine appelant à la punition du dictateur s’est fait vertement remettre à sa place en trois messages brefs. Ces quatre messages résument bien combien la volonté interventionniste à outrance de l’occident, qui finance le terrorisme pour justifier ses interventions, commence à friser le pathétique.

Cette prise de conscience ronge lentement mais efficacement la confiance des citoyens dans le discours officiel. La correction du discours, comme toute action de propagande, demande du temps. Il importe de bien connaître la partie de la population concernée, le discours qu’elle attend, puis de générer les faits propres à la rassurer. Comptez plusieurs semaines, voire plusieurs mois, alors que le temps presse.

Cette perte de confiance est une arme de propagande massive offerte à Poutine. Il était un petit peu naïf de la lui laisser tomber devant les pieds. C’est peut-être là qu’est la clé.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a prévenu ce mardi que son pays se défendrait en cas de frappe militaire occidentale, et disposait de moyens de défense qui surprendraient le monde. «S’en prendre à la Syrie n’est pas une mince affaire. Nous avons des moyens de défense qui vont surprendre les autres » Il a ajouté : « je peux vous assurer que la Russie n’a pas abandonné la Syrie. Nos relations continueront dans tous les domaines et nous remercions la Russie pour son soutien, qui sert à la fois la défense de la Syrie et sa propre défense», a-t-il dit, ajoutant que la Russie «fait partie de notre résistance».

La Russie fait partie de notre résistance

C’est sans doute là qu’est l’os. Une action contre Damas ne saurait justifier une riposte russe. Michael Eisenstadt directeur des études militaires du Washington Institute for Near East policy, pense de son côté que les tomawaks pourraient tomber sur les chars vides. Curieux raisonnement exprimant la crainte d’échapper au pire. Mais alors que serait le pire ? Ne serait-il pas qu’un tir contre des batteries syriennes tombe sur des civils, ajoutant l’horreur à l’horreur ? Les informations de cette nuit annonçant des boucliers humains laissent entrevoir la mise en œuvre de cette tactique barbare.

Après avoir hurlé sur tous les toits que nous devons défendre les valeurs de la démocratie, ce tir pourra être présenté comme agression directe contre la population syrienne. Imaginez Poutine présentant la photo de civils tués par un occident dégénéré et irresponsable. Il ruinerait à jamais notre propagande et tout espoir d’en réutiliser les débris. Un Pearl-Harbour à l’envers !

L’autre aspect de cette problématique est le risque d’atteindre des conseillers russes eux-mêmes. Potentiellement, une pareille attaque contient la menace d’une riposte immédiate de la flotte russe, mettant l’occident devant la responsabilité de riposter à son tour et de provoquer une crise mondiale dont il n’est pas écrit qu’il en sortirait vainqueur. Le pire pourrait être que les Russes n’utilisent pas la force, se contentant de raccompagner la flotte occidentale au-delà des colonnes d’Hercule, la photo des soldats morts pour la liberté du peuple syrien attachée à jamais à leur infamie. Il est souvent maladroit de laisser les blancs à un joueur d’échecs tel que Poutine. Il semble bien que c’est ce qui vient de se passer.

Les radios ont relayé ce week-end que l’hésitation des Occidentaux à user de cette force militaire invincible qui a si bien cassé l’Afghanistan, l’Irak ou la Lybie, pourrait marquer un tournant dans notre volonté de dominer la planète. Elle trahit surtout une brutale confrontation avec une réalité que la propagande était toujours parvenue à dissimuler : l’occident aurait trouvé un adversaire à sa taille et il est Russe !

Alors, chemin de Damas… ou Stalingrad de la propagande occidentale ?

article modifié le 2 septembre à 13h11

Article repris sur Agoravox. Les commentaires y sont les bienvenus.

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